Quand la relation devient un lieu de domination : prévenir les violences dès l’enfance grâce aux compétences psychosociales
- Gabi Poegel
- 23 mai
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 30 mai
Ces derniers mois, l’actualité nous confronte une nouvelle fois à une réalité difficile à regarder en face. Les violences, les abus, les négligences et les maltraitances envers les enfants restent profondément présents dans notre société.
Derrière chaque situation, il y a bien sûr des responsabilités individuelles. Mais il existe aussi quelque chose de plus large, de plus systémique : notre manière de penser la relation avec l’enfant.
Car un enfant ne se développe jamais seul. Il grandit au cœur d’un système relationnel. Son cerveau, son système nerveux, son rapport à lui-même et aux autres se construisent à travers les interactions quotidiennes avec les adultes qui l’entourent : parents, éducateurs, enseignants, professionnels.
L’enfant n’est pas un adulte en miniature
L’enfance est une période d’une immense sensibilité. Le cerveau se développe à une vitesse extraordinaire et le système nerveux apprend progressivement à reconnaître ce qui est sécurisant et ce qui ne l’est pas.
L’enfant découvre ses émotions, ses besoins, ses limites, sa place dans la relation. Il cherche naturellement à explorer, à comprendre, à s’affirmer, à dire oui, non, stop.
Mais lorsque la relation repose davantage sur le contrôle ou la peur que sur la sécurité et l’écoute, quelque chose se fragilise.
La relation cesse d’être un espace de sécurité intérieure. Et cela peut laisser des traces durables.
Il ne s’agit pas ici de juger les adultes. Beaucoup reproduisent des modèles relationnels qu’ils ont eux-mêmes connus, souvent sans avoir eu l’espace nécessaire pour développer d’autres repères.
Aujourd’hui, les neurosciences nous permettent de mieux comprendre ces mécanismes.
Ce que nous apprend la science
La théorie polyvagale, développée par Stephen Porges, montre que notre système nerveux cherche avant tout la sécurité.
Les expériences précoces de sécurité ou d’insécurité influencent profondément notre manière d’entrer en relation, de gérer le stress, de poser nos limites et de faire confiance aux autres.
La neurobiologie interpersonnelle et la théorie de l’attachement vont dans le même sens. L’enfant a un besoin vital de co-régulation, d’écoute, de respect et de stabilité relationnelle.
Il n’a pas besoin d’adultes parfaits. Il a besoin d’adultes suffisamment présents et prévisibles pour que son système nerveux puisse se développer dans de bonnes conditions.
Cela ne signifie pas l’absence de cadre.
Les limites sont importantes ; elles font même partie du sentiment de sécurité. Mais ce qui compte profondément, c’est la manière dont elles sont posées : avec respect ou avec une forme de pression.
Connaître et respecter les droits de l’enfant, c’est déjà prévenir
Parler des droits de l’enfant ne signifie pas laisser tout faire.
Cela signifie reconnaître que l’enfant est une personne à part entière, avec une dignité, une vie émotionnelle, des besoins et un droit fondamental à la sécurité physique et psychique.
Les droits de l’enfant ne concernent pas uniquement sa protection physique. Ils touchent aussi son droit à être entendu, respecté, protégé contre les violences et les négligences, soutenu dans son développement et reconnu comme une personne à part entière.
Un enfant qui apprend progressivement à reconnaître ses émotions, à écouter ses ressentis, à exprimer un inconfort et à demander de l’aide développe des ressources de protection essentielles.
Les recherches sur les compétences psychosociales montrent aujourd’hui leur rôle majeur dans la prévention des violences, la santé mentale, la qualité des relations et la régulation émotionnelle.
Les compétences psychosociales concernent aussi les adultes
Les compétences psychosociales ne concernent pas uniquement les enfants. Elles se développent tout au long de la vie.
Mieux se comprendre, reconnaître ses émotions, communiquer autrement, respecter ses limites et celles des autres, réguler son stress… c’est un chemin qui nous concerne tous.
Et cela demande parfois de revisiter nos propres modèles relationnels.
Sans culpabilité et sans perfection à atteindre.
Simplement avec davantage de conscience et de sécurité relationnelle.
Prévenir ensemble
Prévenir les violences, les abus et les négligences ne repose pas uniquement sur des interventions après les faits.
La prévention commence beaucoup plus tôt : dans la qualité des relations, dans l’écoute, dans la sécurité émotionnelle et dans la manière dont nous accompagnons les enfants au quotidien.
L’enfant d’aujourd’hui construit les bases de l’adulte de demain. Et la façon dont nous entrons en relation avec lui influence profondément son rapport à lui-même, aux autres, au respect et à la société.
Développer des relations plus conscientes, respectueuses et sécurisantes n’est pas un idéal inaccessible.
C’est un enjeu profondément humain et collectif.





Commentaires